Cette année, j’ai entrepris quelque chose que jamais je n’aurais imaginé faire, ou refaire plutôt. Quelque chose d’un peu fou… et  en même temps de tellement sécurisant.

J’ai fait ma rentrée en faculté d’anglais.

Ayant validé mon Master de Lettres en 2016, je pensais en avoir terminé avec les études. Je suis donc entrée dans le monde du travail en tant qu’enseignante de français dans le secondaire. Entrer dans la vie active, gagner enfin ma vie, voilà tout ce à quoi j’aspirais. Mais cette image du bonheur trouvé dans l’indépendance, s’est rapidement transformée en un vaste gouffre, une forme de rouage qui tournerait sans fin, continuellement dans ce même mouvement inlassable, jusqu’à se rompre à force d’usure.

Oui, j’ai eu peur.

J’ai eu peur de la routine, du quotidien, de l’engagement aussi. Car si le métier de professeur permet une forme de liberté que l’on retrouve dans peu de métiers, cette profession a aussi ses contraintes. Enseigner m’a donné le goût de la transmission, celle du savoir mais aussi parfois des leçons de vie.  La jouissance de voir se former l’esprit critique de jeunes êtres et d’y participer activement, m’a ouverte a tant de choses… Enseigner, c’est drôle, c’est  comme retrouver la vue. Comprendre des choses qui vous avaient totalement échappées auparavant et les envisager avec un nouveau regard. Mais cette lucidité commence par la contemplation de son propre manque de savoir. Comment puis-je transmettre alors que je ne sais rien tout ? 

Ces considérations sur l’enseignement pourraient s’étendre éternellement. Pourquoi pas en faire l’objet d’un article à part entière ? Cependant j’occulte ici les autres raisons qui m’ont poussées à remettre en question mon futur dans l’enseignement, celles-ci résidant essentiellement dans tout les à-côtés  de ce métier.

J’ai donc eu ce désir brûlant, me projetant peut-être à travers mes élèves, de combler mon propre manque de savoir (peut on réellement jamais le combler ?), en reprenant mes études. Pour moi les études anglophones étaient une évidence, ayant depuis longtemps une passion pour la littérature anglaise, les films et la culture britannique* (voir mon article sur mon road trip anglais). C’était aussi pour moi l’occasion de parfaire (améliorer) mon anglais, tout en en apprenant sur la civilisation et la littérature anglophone.

Cette décision, majoritairement désapprouvée par mon entourage a été difficile à prendre, mais je pense que c’est la bonne. Evidemment, une foule de questionnements me viennent. Saurais-je me réadapter au rythme de travail ? Serais-je au niveau ? Saurais-je m’adapter parmi des élèves bien plus jeunes que moi ? Comment trouver sa place, dans un endroit qui n’est pas censé découler de la suite logique de mon parcours ?

Y arriverai-je …?

Il faut calmer cette angoisse mêlée d’excitation et assumer pour de bon une décision qui a souvent été qualifiée de légère, par son inconstance. Arrêter de tout faire pour et en fonction des autres, de leur regard plutôt. Cette année est plus celle d’un plaisir que d’un véritable projet d’orientation professionnelle, mais elle me semble indispensable pour moi, pour mon bien-être.

Respirer l’odeur des cahiers neufs, marcher sous les premières pluies d’automne, découvrir de nouveaux visages, angoisser… mais rire aussi, beaucoup. J’aime ce parfum de rentrée scolaire qui m’avait tant manqué.. Saisir cet instant, le serrer fort et lui dire adieu… pour de bon ? 

La plus grande certitude, sur l’avenir, c’est que je ne sais pas de quoi il sera fait !