Trois femmes, trois vies.

Le thème de ce livre au fond, est un peu celui de l’idéalisation. Une vie, un quotidien, observé derrière la fenêtre d’un train. Une parcelle de vie, just a « glance », comme diraient les britons. Rachel, la protagoniste du livre s’imagine que cette femme qu’elle observe chaque jours dans sa maison a la vie rêvée. Elle est sublime, (l’idéalisation passe avant tout par le paraître), son mari, lui aussi beau comme un dieu est fou d’elle. Sa vie est sûrement trépidante, remplie d’aventures et d’amour. Elle doit être artiste, c’est sûr, pratiquer au moins trois sports différents et chaque jour emploie son temps à sauver le monde. Mais bien évidemment, cette vie est un leurre, une illusion, une image. Elle n’existe pas. Cette illusion est certainement renforcée par l’alcoolisme et la dépression de Rachel qui a tout perdu: sa maison, son job, son mari, ses amis. Alors à côté de sa vie à elle, les autres lui paraissent nécessairement idéales.

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La topique de ce roman est à mon sens formidable, car il traite d’un sujet très actuel. Cette fenêtre du train, par laquelle les voyageurs peuvent observer les gens chez eux, un peu comme on épierait son voisin d’en face, on pourrait la voir comme une métaphore des réseaux sociaux. Cette fenêtre est aussi celle de notre téléphone, notre écran, par lequel nous pouvons « épier » la vie de nos voisins, ou de parfaits inconnus et par laquelle nous idéalisons leur vie a travers ce coup d’oeil jeté sur ce qui n’est qu’un snap shot, une seconde d’une journée, une image parfaite choisie par son auteur. Ce dernier ne laisse voir que ce qu’il veut laisser paraitre, un peu comme celui qui se penche à son balcon pour se laisser regarder. Mais cette vie qu’on idéalise n’est pas vraie, elle n’est pas la réalité, et lorsqu’on a pas suffisamment de recul, à l’instar de Rachel, ou lorsqu’on est simplement fragile, cette image peut nous faire du mal, très mal.

L’autre thème de ce roman, qui fait directement écho au premier, est justement celui de la langueur, du quotidien, de l’ennui. Cette routine inlassable qui s’installe inéluctablement dans nos vies et qui semble être un mal incurable. C’est cette réalité qui se cache derrière ces images de perfection. Cette mère au foyer qui semble si épanouie dans sa vie de maman, est en réalité seule, très seule. Toute la beauté de ce roman réside peut-être dans cette poétique de la solitude, cette complainte de l’ennui qui semble inexorable et dans lequel on se surprend à s’identifier.

Ce best-seller de Paula Hawkins paru début 2015 a connu un large succès en France. J’ai pour ma part lu la version anglaise, je ne pourrais donc pas vous parler de la qualité de sa traduction. Question style, on a vu mieux, il est clair et concis. Pas de chichis, pas extraordinaire non plus. Les ingrédients essentiels sont là, malgré quelques longueurs, pour faire un bon thriller, et nous tenir en haleine  jusqu’au bout pour découvrir l’identité de l’assassin….

Le succès fut tel que le roman a été adapté au cinéma, la même année que sa parution, avec un casting très hollywoodien. On retrouve ainsi l’excellente et surprenante Emily Blunt dans le rôle de Rachel (que l’on a pu croiser dans Le Diable s’habille en Prada) qui endosse à merveille ce rôle difficile à interpréter. En apprenant sa sortie sur écran, je me suis donc empressée d’aller le voir, venant tout juste de refermer le livre. Grave erreur… Le souvenir du livre que j’avais beaucoup apprécié étant trop présent, trop frais dans ma mémoire, je n’ai pu voir que les différences, raccourcis et libertés pris avec le livre. Le casting n’est pas toujours au top, avec un Luke Evans (Tamara Drew, le Hobbit) et une Laura Prepon (Orange is the new black) décevants, bien que les rôles principaux soient joliment incarnés. La différence qui m’a le plus surprise fut celle du lieu. En effet, le roman situe son intrigue en Angleterre, tandis que l’adaptation cinématographique prend place aux Etats-Unis aux abords de l’Hudson. Les maisons sont trop grandes, pas assez réalistes. Bref, mon conseil, lisez le livre APRES être allé voir le film (c’est en général le meilleur ordre), au risque d’être déçu, comme je l’ai été. En conclusion, allez voir La fille du train, ne serait-ce que pour la performance admirable d’Emily Blunt.

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